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Je m’appelle Isabelle Puell, je suis une généticienne de renommée internationale, ma  vie s’est arrêtée le 12 juillet 2012 dans le massif des Amores lorsque j’ai glissé et fait une chute dans une crevasse. Etrange début vous direz-vous, lorsque l’héroïne meurt, ne meurt-elle pas à la fin? Oui mais je ne suis pas une héroïne, tout juste un personnage secondaire, une utilité et surtout, je ne suis pas morte, en tout cas c’est ce que me dit le médecin qui est en face de moi. Il me dit que je suis vivante, que mon corps est resté longtemps dans ce glacier, que cette glace contenait je ne sais plus quel composant chimique qui m’a conservé comme cryogénisée et que l’on vient de me réveiller, il me dit que tout va bien et que nous sommes à Paris en 2099.

J’avais 40 ans quand je suis morte, j’avais deux enfants, Vivien âgé de 18 ans et Julia âgée de 15 ans, j’avais un mari, une maison, un chien et un chat, j’avais une vie. Plus rien de tout cela n’existe, mes enfants ont achevé leur vie sans moi, peut-être ais-je des petits-enfants, arrière-petits-enfants? Ce n’est pas le médecin qui m’a raconté cela, ce sont mes souvenirs, le médecin ne peut pas me dire cela car le médecin me prend pour une autre. Je m’appelle effectivement Isabelle Puell mais je ne suis pas généticienne, je suis historienne, je travaillais à St Omer, au centre historique de La Coupole, je connaissais l’existence de mon homonyme, j’avais vu son nom sur des ouvrages en librairie, elle était très célèbre en 2012. Je n’ai rien dis, je ne trouve rien à dire, j’entends, je vois, je comprends ce que l’on me dis mais je ne ressens rien, je ne pleure même pas en pensant à ma vie d’avant, à mes enfants…N’est-ce pas normal de ne rien ressentir pour une morte?

Les médecins sont heureux et surpris de mon état de santé, mon corps et mon cerveau fonctionnent parfaitement et ils me trouvent exceptionnellement calme, les autres « ressuscités » n’avaient pas toujours réagit avec autant de flegme. Je ne leur dis pas que je suis calme car je ne ressens rien, j’écoute avec la plus grande attention, j’enregistre tout ce que l’on me dis, je réponds de façon laconique en essayant de me dévoiler au minimum. C’est mon cerveau, sa partie « intelligence pure » qui me commande, je suis un robot, ni plus ni moins, les humains n’ont pas besoin de savoir, de toute façon ils ne m’inspirent pas confiance, j’attends de voir à quoi ressemble ce monde en 2099, prudence!

Je suis sortie de l’hôpital maintenant et l’on me donne des « cours de rattrapage » pour comprendre le monde dans lequel je me suis réveillée. Ils disent qu’ils espèrent que je pourrais commencer à travailler pour eux dans un mois car ils ont besoin d’une généticienne. Je vis dans le centre de Paris qui est devenu un bunker antipollution. Le périphérique est redevenu un mur comme au XIXe siècle, ce mur est surmonté d’un dôme car l’atmosphère est devenue irréspirable à cause de la pollution. Les gaz carboniques et autres CO2 ont eu raison de l’oxygène, avec une pointe de radiation par ci par là. Cette pollution ayant progressé relativement lentement les élites ont eu le temps de se fabriquer des abris avant le « big bang » intervenu en 2045. En Octobre 2045 alors que le taux de pollution atmosphérique atteignait un niveau record, plusieurs centrales nucléaires et chimiques ont commencé à fuir en Europe de l’Est, elles ont contaminé l’Europe et l’Asie. Les mêmes phénomènes s’étant produit en Amérique latine cinq ans plus tard, c’est donc toute la planète qui est irrémédiablement polluée. Partout ne subsistent que des îlots de survie plus ou moins bien organisés, sauf en Afrique où le continent avait déjà été ravagé par l’épidémie du sida puis par celle du gis (gène immuno suppressif), le nouveau virus qui est apparu juste après que l’on ait trouvé le vaccin anti sida. Ce nouveau vaccin était porteur de ce nouveau virus. Les survivants africains se sont réfugiés sur les autres continents mais ils ont été abattus pour éviter la propagation du virus gis. Je n’ai pas bien compris les explications liées à ce virus, je n’ai jamais bien saisi la génétique.

Les pays riches ont mieux organisé leur survie après le « Big bang » que les pays pauvres, car étant responsables de cette pollution ils ont eu plus de temps pour trouver des solutions pour y faire face. La désorganisation post « Big bang » explique sans doute que l’on m’ait prise pour mon homonyme. Pour l’instant on me laisse le temps de m’acclimater et l’on ne m’embête pas trop avec la génétique, mais dans trois semaines il faudra que je trouve une solution. J’ai bien compris que les places étaient chères pour avoir le droit de survivre et dés qu’ils sauront que je suis historienne, que je ne leur suis d’aucune utilité pour augmenter leurs chances de survie, ils me tueront. J’ai consulté les listes de survivants du bunker parisien, il n’y a principalement que des scientifiques et quelques hauts - fonctionnaires ou administrateurs que l’on a gardé pour la gestion et quelques exécutants nécessaires pour assurer la sécurité, le ravitaillement et le nettoyage. Je pense à tous ceux qui sont morts en 2045, ils étaient plus de 7 milliards et parmi eux il y avait mes enfants. Et moi, me voici, morte parmi les vivants, les survivants, ceux qui ont pollué la terre et ceux qui ont hérité de ce monde élitiste. Ce monde là n’a rien à voir avec celui que je connaissais, Paris ne se ressemble plus, tous les monuments ont été détruits pour faire place à des logements de type caserne pour les exécutants, à des laboratoires qui produisent l’alimentation nécessaire, à des centrales hydroélectriques pour fabriquer l’énergie nécessaire, seuls les grands scientifiques ont le droit d’avoir des maisons individuelles, ils forment « l’élite de l’élite » et vivent sur l’île de la cité et l’île Saint Louis qui ne sont plus enserrées par la Seine mais par un mur de verre. La Seine a été couverte car son eau était beaucoup trop contaminée. C’est d’ailleurs toute l’eau qui est contaminée mais il existe désormais un procédé pour la rendre potable, c’est un procédé très long et qui demande l’intervention de beaucoup de produits (on me l’a expliqué mais je n’ai pas compris) aussi la production n’est pas très importante. L’élite parisienne n’est composée que de 500.000 personnes. D’autres Bunker existent en France principalement à Lyon, Marseille, Bordeaux, Nantes et Lille.

On ne sait rien de ce qui se passe dans le reste du monde car toutes les communications sont coupées.

80 % des survivants ont moins de 50 ans, ils n’ont même pas connu le « big bang », pour eux cette société est normale, jamais entendu parlé de la vie avant 2045 car la censure est très active et contrôle tout. Il semblerait que ces générations ont du mal à dépasser les 50 ans, c’est sans doute pour cela qu’ils ont autant besoin d’une généticienne. Afin de contrôler les naissances, l’Etat a instauré le mariage de raison. Les personnalités, grands administrateurs et grands scientifiques se voient proposer le compagnon ou la compagne de leur vie, ils doivent choisir parmi plusieurs candidats potentiels sur CV. Le dernier choix est effectué par l’individu qui doit ainsi rechercher le meilleur partenaire sexuel. Je dois donc me marier et pour faire mon choix j’ai rencontré trois candidats, avec chacun d’entre eux j’ai du passer une soirée et une nuit. Le premier s’appelle Denis, il est  biologiste, il a le même âge que moi, c’est un grand homme maigre au regard terne. Le second  s’appelle Louis, il est généticien, il a trente ans, de magnifiques yeux bleus illuminent son visage. C’est le troisième que j’ai choisi pour mari, il s’appelle Philippe, c’est un bel homme brun, il est administrateur, il a 35 ans. Ce n’est ni la soirée ni la nuit que j’ai passé avec eux qui m’a permis de choisir, car je n’ai toujours rien ressenti, ni leur conversation, ni leur humour, ni leur physique, ni leurs prouesses sexuelles n’ont eu d’effet sur moi. En couchant avec eux je n’ai ressenti qu’un petit plaisir d’ordre mécanique, ce qui n’est déjà pas si mal. J’ai choisi ce Philippe au hasard car mon premier petit copain s’appelait ainsi. L’Etat a aussi prévu de gérer les liaisons extra-conjugales de ses citoyens, chaque personnage important se voit attribuer deux ou trois amants/maîtresses choisis chez les exécutants, ceux qui travaillent sous les ordres de ces grands scientifiques et de ces grands administrateurs. L’Etat essaie ainsi d’enrayer tout risque de désordre, de rivalité, de débordement. Les exécutants ne se marient donc pas mais ils ont plusieurs partenaires sexuels imposés. Plus tard j’aurais également la possibilité d’en choisir me dit-on.

Philippe est un homme agréable, il m’aide à comprendre davantage ce monde. Il explique les choses simplement mais sans jamais exprimer la moindre opinion. Mais au fil des jours j’ai remarqué que sa façon de me faire l’amour était de moins en moins mécanique et de plus en plus intense, je ne serai pas surprise qu’il n’ait quelques sentiments pour moi. Je regrette vraiment de ne rien ressentir, j’aurais aimé jouir dans ses bras avant de mourir. Il ne me reste plus qu’une semaine avant d’être mise à mort. J’ai lu le compte rendu de nombreuses découvertes de corps congelés rendus à la vie, à chaque fois n’ont été conservé que les « utiles », les autres n’ont pas été réveillés ou bien le processus a « miraculeusement » échoué. Je me souviens notamment de cette expédition polaire perdue en 2020 et dont on a réveillé sept membre sur dix, les oubliés étant l’épouse de l’un des scientifiques, le maître des chiens de traîneaux et un écologiste. Les autres, climatologues et spécialistes en diverses pollutions, ont été jugés utiles. Je me suis demandée pourquoi il y avait autant de personnes mortes congelées, il semblerait que le climat se soit, contre toute attente, refroidit à partir de 2018 et que les glaces polaires et glaciers aient recouvert 40 % du globe. De plus, il y eut aussi des  cryogénisés  volontaires à partir de 2040, car c’est cette année là que le procédé fut découvert par le professeur Frio éminent spécialiste espagnol. J’aurais aimé pouvoir faire quelque chose pour ce monde inhumain, mais dans une semaine je vais disparaître, cette délivrance ne m’ effraie pas puisque je suis déjà morte en 2012. Si je croyais en quelque chose je pourrais me dire qu’il y a certainement une raison pour que l’on m’ai réveillé, que l’on a certainement une mission pour moi, mais je ne crois ni en Dieu, ni en l’homme, penser que je pourrais être le « messie » qui sauverait l’humanité est un non sens n’est-ce pas?

Aujourd’hui est un jour de repos, un décadi, les mois sont répartis en trois décades, il y a donc trois décadis par mois, tous les trois mois sont accordés un ou deux jours de repos supplémentaires, ce sont des fêtes civiques qui glorifient le gouvernement et l’envie de survivre. Le gouvernement s’appelle le Comité de Sécurité Publique, il est constitué de douze personnes (six hommes et six femmes) mais la réalité du pouvoir est dans les mains du très glorieux Rolesmierre. Cet homme est un survivant du « big bang », il est âgé de 69 ans. C’est un homme de petite taille, ses cheveux sont blancs et son regard est vif comme celui d’un aigle, je l’ai rencontré cinq minutes avec d’autres nouveaux arrivants, il m’a serré la main et  nous a souhaité la bienvenue de façon collective en nous faisant subir un long discours d’une heure sur le besoin de participer aux efforts de la Nation et de nous sacrifier au bien commun, en l’écoutant je voyais très bien à sa place les grands dictateurs du XXe siècle, Staline, Mussolini, Hitler et autres « bienfaiteurs du Peuple ». Philippe m’emmène me promener dans les rues de Paris, nous quittons notre luxueux appartement qui est situé dans l’ancien Institut du Monde Arabe, nous longeons l’Université de Jussieu qui est le lieu de résidence et de travail de nombreux exécutants. Nous avons été logés dans ce quartier car le lieu de travail qui m’a été désigné est l’ancien hôpital La Pitié - Salpétrière. Nous nous dirigeons vers l’ancien Panthéon qui a été modifié mais qui est resté un lieu de culte civique, l’église St Etienne du mont a disparu comme tous les lieux de culte car toutes les religions sont interdites. Nous allons dans l’ancien jardin du Luxembourg qui a perdu, comme tous les espaces verts, ses arbres, ses fleurs et ses oiseaux, mais c’est toujours un lieu de détente où l’on trouve des restaurants, des cafés, des boutiques, une bibliothèque, un cinéma. Nous optons pour le restaurant « Le Bourbon » qui se trouve dans l’ancien sénat. Tous les repas des habitants de Paris sont pris au restaurant car les appartements ne sont pas équipés de cuisine et conserver de la nourriture chez soit est interdit. En effet le gouvernement craint beaucoup une épidémie alimentaire et préfère ainsi contrôler la qualité et la quantité de la nourriture qui est rationnée, c’est aussi un moyen de gérer l’utilisation de l’énergie qui est rationnée. La qualité des repas est plus proche de la cantine scolaire que du restaurant d’un grand chef bien sûr et le vin n‘existe plus, on ne boit que de l‘eau et du lait. Je refuse d’aller au cinéma car tous les films sortis avant 2045 ont disparu (de même que tous les ouvrages parus avant le « Big bang »). Philippe était une fois de plus de me faire parler de mon passé, je suis prudente car je ne sais que peu de chose sur la vie de mon homonyme à part qu’elle était mariée et avait un enfant. Pour justifier mon silence je lui ai dis que je ne voulais pas évoquer ma famille perdue car cela me faisait de la peine.

Je pense souvent à ma vie d’avant mais je ne ressens pas de peine puisque je suis morte,  à chaque fois j’ai l’impression d’évoquer les souvenirs de quelque un d’autre. Je ne sais pas pourquoi je continue à mentir à tout le monde, je n’essaie pas de rester en vie puisque cette vie m’indiffère, mais j’ai l’impression d’attendre quelque chose. Nous poursuivons notre promenade en direction du sud, je laisse Philippe me guider. Nous passons devant l’observatoire de Paris qui est toujours utilisé mais davantage pour observer le territoire autour de Paris, la banlieue. C’est un des endroits où travaille Philippe car il s’occupe de la sécurité du territoire. Il est souvent envoyé en mission en banlieue où subsistent des îlots habitables qui sont ravitaillés par Paris. Il est chargé de ce lien entre Paris et la banlieue. Ce sont des missions dangereuses car le reste de la banlieue est aux mains de populations anarchiques appelés les sauvageons, mais il en parle peu car ses missions sont « secret d’Etat ». Nous poursuivons notre route vers la porte d’Orléans, les Parisiens font tous les déplacements à pied, tous les moyens de transports ayant été abandonnés pour cause de pollution et de manque de place. Il ne reste que quelques tronçons de métro réservés aux déplacements des membres du gouvernement, des administrateurs et des forces de l’ordre, pour résoudre les situations d’urgence. La Garde Nationale est la seule et unique force armée, c’est une sorte de super GIGN, mi-police, mi-armée. Au fur et à mesure que nous approchons de la porte d’Orléans, Philippe me fait de moins en moins la conversation, je le sens tendu, il finit par se réfugier dans un pesant silence. Je sens que quelque chose d’important va se passer.

Nous faisons une halte sur l’ancienne place du 25 Août 1944, rebaptisé place du Big bang. Philippe prend la parole, il me dit qu’il sait que je ne suis pas généticienne mais historienne, que si je reste ici le gouvernement me fera exécuter. Il dit qu’il a fait une enquête discrète car il se doutait de quelque chose. Il me dit aussi que je n’ai rien à craindre qu’il m’envoie en banlieue, en sécurité, c’est la seule façon de me sauver sans nuire à sa réputation auprès du gouvernement. Deux heures après mon départ il donnera l’alarme en signalant ma disparition. J’aurais aimé pouvoir le remercier chaleureusement, lui dire qu’il me manquera, j’aurais aimé pleurer dans ses bras qui me serrent fort pendant qu’il m’embrasse une dernière fois, j’aurais aimé lui dire que je l’ai aimé mais comme d’habitude je ne ressens rien, mon cerveau ne fait qu’enregistrer les images et les paroles. J’aurais aimé au moins lui confier que je ne ressens rien mais je n’ai plus le temps. Je lui dis simplement « excuse moi mais je ne sais plus pleurer depuis mon accident », il me souris tandis qu’une larme coule sur sa joue, je crois qu’il a compris que j’avais rassemblé dans cette phrase l’essentiel de ce qui en moi ressemble à une émotion.

Nous voilà dans le système de fortifications qui entoure Paris. Philippe possède tous les codes et toutes les autorisations nécessaires pour passer les contrôles. D’après ce que je vois c’est l’ancien réseau du métro qui a été réutilisé comme fondation et sous sol de ce dispositif. Nous arrivons dans un vaste parking où Philippe me présente ma compagne de voyage, c’est une grande femme brune à l’ossature carrée qui donne une impression de puissance, de son visage je retiens une mâchoire volontaire et un regard brun perçant. Le véhicule tient à la fois du 4x4 et du fourgon, il est blindé et les vitres sont fumées, Philippe est parti discrètement pendant que j’y prenais place, je sais que je ne le reverrai jamais. Je me suis installée à l’avant à côté de Sylvie après avoir revêtu un gilet par balle et un casque. Les sièges arrière ont été démontés pour agrandir la capacité du coffre qui est rempli de cartons.

Le véhicule suit tout un réseau de souterrains pour prendre place dans un convoi constitué d’une dizaine de véhicules. Nous passons de nombreuses portes géantes avant que l’une d’entre elles s’ouvre sur l’extérieur. Et nous voici sur l’ancien autoroute A6 que j’ai du mal à reconnaître. La plupart des panneaux ont disparu, elle est très mal entretenue et surtout une végétation luxuriante a envahi tout le paysage alentour. Sylvie m’explique que c’est le résultat de la prolifération de plantes transgéniques et de végétaux concentrant un fort taux de radioactivité. Le convoi est relativement lent (60 à 90 km/heure) à cause du mauvais entretien de la route et des précautions pour éviter les risques d’agressions. Bien que tous les ponts aient été détruits, que la végétation soit de temps en temps coupée pour qu’elle n’envahisse pas la route et que la chaussée soit de temps en temps aplanie, comblée selon les besoins, faire de la route reste une épreuve difficile car ces travaux d’entretien (très périlleux) ne sont réalisés que trois ou quatre fois dans l’année. Le danger c’est l’embuscade, celle des sauvageons.

Les sauvageons sont des populations qui ont réussi à survivre au Big bang. Bien que très touchées par de nombreuses maladies dues aux radiations ces populations ont réussi à survivre dans des conditions terribles, la plupart sont difformes, ils vivent dans un état proche de celui ne nos ancêtres préhistoriques et leur durée de vie est très courte. Comme l’eau et la végétation et la viande qu’ils consomment est contaminée, ils essaient d’améliorer leur ordinaire en attaquant les convois. Certains disposent d’armes et arrivent à leurs fins. On ne sait pas comment ils arrivent à trouver des armes, des munitions et comment ils peuvent survivre dans cette jungle qui est peuplée par de nombreux autres animaux, car plusieurs espèces ont également survécu au Big bang, beaucoup ont muté et de nouvelles espèces sont apparus d’après les récits des convoyeurs. Sylvie fait partie de ces convoyeurs dont le métier consiste à apporter du matériel et du ravitaillement aux îlots de survie de la banlieue. Cela fait dix ans qu’elle fait ce métier dangereux, elle dit préférer cela à la vie insipide qui serait la sienne à Paris si elle était devenue scientifique comme le voulaient ses parents (lui chimiste, elle laborantine), elle dit que l’espérance de vie est courte dans ce monde et qu’elle préfère vivre peu mais vivre intensément. Nombreux de ses collègues sont morts sur la route, mourir ainsi ne semble pas lui faire peur, survivre dans ce monde là ressemble à un jeu pour elle. Elle sait que je dois fuir mais ne se préoccupe pas de savoir pourquoi, je me sens en sécurité avec elle. Toutes voitures sont reliées entre elles par un système qui ressemble à celui des walkies-talkies, les réseaux de téléphone et autres communications sans fil n’existent plus en dehors de Paris puisqu’il n’y a plus personne pour les entretenir et pour les protéger des attaques des sauvageons. Soudain, alors que nous sommes à la hauteur de Fresnes, notre convoi est victime d’une attaque de sauvageons.

De cette attaque éclair je n’ai pas le temps de voir grand-chose car tout se déroule très rapidement. Un véhicule en tête du convoi est immobilisé sur la chaussée, de la fumée s’en dégage mais ce qui retient mon attention c’est cette horde qui déferle sur nous. Des dizaines et des dizaines de silhouettes tordues mi-homme mi-monstre arrivent comme sortis de nulle part. de longs cheveux hirsutes, des oripeaux qui leurs servent de vêtement et des armes, c’est tout ce que j’ai le temps de voir car ils tombent les uns après les autres sous les rafales de munitions qui sortent des véhicules du convoi. Chaque voiture est en effet équipée de mitrailleuses intégrées dont les commandes sont sur le tableau de bord du véhicule. Le conducteur de la voiture endommagé a réussi à gagner un autre véhicule et le convoi arrive à repartir. A aucun moment les voitures ne se sont arrêté, elles ont ralenti pour récupérer le conducteur puis accéléré pour s’échapper. Sylvie m’explique qu’un conducteur qui s’arrête perd 50 % de ses chances de survie. Je vois au loin les sauvageons survivants s’emparer des marchandises contenues dans la voiture accidentée. Ce n’était qu’une escarmouche d’après ma compagne de route qui me félicite pour mon sang froid, nous poursuivons notre route sans problème jusqu’à notre destination, la cité de Grand Vaux à Savigny sur Orge. Les véhicules quittent l’autoroute et se dirigent vers une grande barre résidentielle proche de la sortie. En banlieue ce sont les cités qui se trouvaient à la sortie des autoroutes qui ont été conservées comme îlots de survie afin de limiter les risques d’attaque. Autour de cet immeuble on a démoli les autres résidences afin de dégager et de sécuriser les environs, elles ont été dynamités mais les gravats n’ont pas été évacués. C’est donc un paysage  de désolation qui nous accueille , il me fait penser à ces photos prises après la deuxième guerre mondiale dans de nombreuses villes d’Europe détruites par les bombardements. Sylvie me demande de me préparer à sortir car me voilà arrivée à destination. Le convoi s’immobilise le long de l’immeuble, des convoyeurs sortent de leurs véhicules et se postent aux endroits stratégiques entre le convoi et l’entrée de l’immeuble tandis que d’autres personnes armées ouvrent les portes blindées du rez-de-chaussée de l’immeuble, de nombreux colis circulent alors  puis Sylvie m’entraîne hors du véhicule et me fait entrer dans l’immeuble. J’ai à peine le temps de la voir remettre une enveloppe à l’un des hommes que les portes se referment sur moi et que j’entends le convoi repartir. Tout cela  n’a duré que cinq minutes et je n’ai pas eu la présence d’esprit de dire au revoir à Sylvie.

Le chef de cet îlot urbain s’appelle Paul, c’est à lui que Sylvie a remis l’enveloppe qui contenait un courrier de Philippe. Il me dit que je dois partir le lendemain pour la province. Cet immeuble est organisé comme un village, les paliers servent de places, de lieux de rencontre, les grands rassemblements se font sous le toit où se trouve un vaste lieu  qui devait  autrefois servir de séchoir à linge, c’est aussi un moyen de passage entre les différents escaliers mis aussi un jardin, il est presque aussi gardé que le Rez-de-Chaussée. C’est malgré tout un lieu convivial où les gens prennent leurs repas. Bien sûr les ouvertures ont été réaménagées, de même que les fenêtres de l’immeuble afin de pouvoir rester à l’abris des balles ennemies. Certaines ont été fermées, d’autres sont équipées de vitres pare-balles. Les anciens appartements servent au logement de la population où d‘entrepôts pour les marchandises, certains sont également aménagés en laboratoires. Le rez-de-chaussée sert de garage pour les véhicules blindés, les caves contiennent les stocks de munitions et d’armes mais certaines servent aussi de « boîte de nuit » car la population de cet immeuble, 640 personnes d’après Paul, est en moyenne jeune, la moitié doit avoir entre 15 et 25 ans. Il me dit que le gouvernement envoie en banlieue les jeunes qui se révoltent contre le système parisien où ceux qui n’arrivent pas à y trouver leur place, n’ayant aucune aptitude à devenir scientifiques. La vie en banlieue est beaucoup plus rude et plus courte qu’à Paris mais aussi beaucoup plus exaltante me dit-il. Paul est lui-même un homme assez jeune, 27 ans, il est grand et maigre, il semble être le chef ici et tout le monde le respecte. Je vois qu’il y a aussi des personnes de plus de 50 ans, proportionnellement beaucoup plus qu’à Paris. C’est aparemment ainsi que Rolesmierre « remercie » ceux qui ont travaillé 30 ans ou plus pour lui, les exécutants jugés trop âgés sont envoyés en banlieue pour y finir leur vie car il faut faire de la place aux jeunes parisiens. Cette population est également beaucoup plus colorée qu’à Paris où je n’ai vu que des blancs. La population semble accepter assez bien cet état de fait car on leur a appris que l’individu doit se sacrifier à l’Etat, que le bien individuel n’est rien devant le bien collectif. Et puis certains, comme Paul, préfèrent cette vie à celle de Paris trop encadrée et trop calme.

Paul me demande de raconter à la population la vie à Paris, pour distraire la population de l’immeuble. Je passe donc la soirée à discuter avec ceux qui veulent savoir si paris a changé depuis leur départ et à répondre aux questions de ceux qui n’ont jamais vu Paris, car certains sont nés en banlieue. Puis je vais me coucher dans l’appartement qui m’est attribué. Je pense à ces enfants et à ces jeunes avec qui je viens de discuter, je pense à mes enfants, je pense à cette triste vie qu’on leur propose, grandir dans un immeuble « fortifié », sans espace, sans nature…j’aimerais pouvoir faire quelque chose pour eux, j’aimerais au moins pouvoir pleurer…On frappe à ma porte c’est Paul, il n’a pas besoin de me parler, je sais pourquoi il est là ave ce regard interrogateur, je le prend par la main et je le laisse me faire l’amour. C’est la seule chose que je puisse donner, comme avec Philippe je fais ce qu’il faut pour qu’il croit que je ressens quelque chose, je suis morte mais je sais simuler. Je comprends que cet homme ait besoin de réconfort et c’est le seul que je puisse lui donner.

Le lendemain matin très tôt j’intègre un convoi qui part pour la province. Le voyage est long, environ six heures, nous ne subissons aucun assaut mais nous croisons à plusieurs reprises des carcasses de véhicules qui attestent de la réalité des guet-apens tendus aux convoyeurs par les sauvageons. A un moment j’ai vu sur la voix en sens inverse une carcasse de voiture qui était tombée dans un assaut récent, le cadavre du conducteur était encore derrière le volant, l’attaque avait du avoir lieu quelques jours auparavant. Bien que cette image soit difficile à supporter je ne me suis senti ni troublée ni peinée. En revanche j’ai été très étonnée et très intéressée par les animaux que nous avons croisé, sur les bords de la route (parfois même sur la route, obligeant le convoi à ralentir) aux marges de la jungle qui semble avoir recouvert tout le pays. Certains sont grands et massifs comme des éléphants mais sans trompe, avec une mâchoire rappelant plutôt celle de certains dinosaures et des bosses comme celles des chameaux. J’ai vu aussi de drôles d’oiseau ressemblant par la taille à des vautours mais ayant un bec semblable à celui des perroquets. Les autos sont équipées de klaxons très puissants pour les faire fuir et quand cela ne suffit pas ils les tuent. De nombreuses carcasses d’animaux jonchaient ainsi les bas-côtés. L’arrivée dans le bunker qui est notre destination est un soulagement. D’après les axes empruntés et les paysages traversés je pense que nous sommes dans le centre de la France mais j’ai fait le voyage à l’arrière de la voiture et mes deux compagnons installés devant n’ont pas ouvert la bouche, je n’ai posé aucune question. Je ne suis pas sûre de l’endroit car les panneaux directionnels ont tous disparu et le paysage a beaucoup changé avec cette incroyable végétation qui a tout recouvert. L’entrée dans le bunker a été aussi rapide que celle dans l’immeuble de Savigny car l’ai radioactif n’est supportable que quelques minutes.

Le chef de ce bunker s’appelle Jean, c’est un homme de taille moyenne, qui doit avoir dans les 40 ans, il est très brun, aux sourcils fournis et doit avoir des origines méditerranéennes. Dans ce bunker il y a encore plus d’ethnies différentes représentées qu’en banlieue et les blancs sont en minorité. Pourtant aucun d’entre eux ne semble revendiquer une culture différente il me semble que le régime de Rolesmierre a non seulement fait disparaître les religions mais aussi les différentes cultures pour que ne subsiste que sa culture d’Etat. Il ne semble pas non plus y avoir de racisme dans cette société là, alors pourquoi les personnes de couleur se retrouvent-elles davantage en banlieue et en province? Sans doute parce que ce sont les héritiers d’un ancien ordre social qui n’accordait qu’aux blancs une chance de faire des études longues et donc de devenir les précieux scientifiques recherchés par le régime Rolesmierien. Dans ce monde là on vit toute sa vie là où l’on est né, il n’y a pas de chance de promotion, en revanche on peut être « dégradé », envoyé en banlieue ou en Province.

Dans ce bunker la vie est encore plus rude qu’en banlieue puisque l’on vit dans des blocs de béton gris, froids, enterrés, dépourvus de toute fenêtre, sans voir la lumière du jour. Les espaces personnels sont très réduits, l’essentiel étant constitué de magasins à vivres et à munitions et d’espaces collectifs. Ce bunker contient une cinquantaine de personnes, deux tiers d’hommes et un tiers de femmes, ces gens sont nés en banlieue où dans des bunkers semblables, la plupart n’ont jamais vu une grande ville. Ils acceptent de se sacrifier pour le bien de la Nation et pour le glorieux Rolesmierre. Je suis devenue la maîtresse de Jean c’est un homme agréable bien qu’un peu brut, davantage habitué à l’action qu’aux discours, il est moins « lisse » que Philippe et moins exalté que Paul. Je passe d’un homme à l’autre dans l’indifférence de mon cœur, j’aimerais savoir où va me mener mon chemin.

Deux jours après mon arrivée dans le bunker je participe à une expédition de reconnaissance dans la jungle environnante. La végétation a recouvert tous les paysages abandonnés par l’homme, l’effet attendu de la nature s’est vu accélérer car les plantes OGM cultivées intensivement à partir de 2020 ont muté et ont transmis leur résistance aux mauvaises herbes. Equipée d’une combinaison intégrale destinée à me protéger des radiations et émanations chimiques contenues dans l’air j’essai péniblement de suivre le groupe de « pionniers » qui m’accompagnent. Les pionniers c’est le nom que l’on donne à ceux qui ont la mission de surveiller, sécuriser et entretenir les environs du bunker. Personne ici, à part moi, ne semble s’interroger sur le pourquoi de ma présence, que ce soit dans le bunker ou dans cette mission délicate. Les populations sont anormalement dociles et conditionnées, l‘embrigadement général n‘explique pas tout. La végétation est de plus en plus dense et j’ai de plus en plus de mal à suivre le groupe car je ne suis pas entraînée à marcher dans la jungle avec une combinaison qui gêne mes gestes et un appareil qui règlemente ma respiration. J’ai l’impression d’être un spacionaute sur la lune. Soudain, je me sens retenue dans le dos et tandis que je vois disparaître dans la végétation celui qui me précédait, je commence à suffoquer et ne tarde pas à m’évanouir. Je me réveille dans un édifice très sombre, c’est jean qui me réveille. Il me dit que le temps nous ai compté et que je dois l’écouter sans l’interrompre. Il me révèle alors qu’il appartient à un vaste réseau de résistance qui a pour but de mettre fin à la dictature de Rolesmierre. Il m’informe que l’air n’est plus contaminé de façon excessive et que les êtres humains pourraient à nouveau vivre à l’air libre mais que Rolesmierre préfère mentir pour assurer son pouvoir sur les masses. Pour que son mensonge tienne il fournit de la nourriture et de l’eau contaminée aux sauvageons, afin qu’ils continuent à être malformés, malades et à mourir jeunes. Il les ravitaille également en armes et en munitions pour qu’ils terrorisent les populations qui cherchent refuge auprès du très glorieux Rolesmierre. Pour que les populations ne se posent pas trop de questions il fait mettre certains médicaments dans la nourriture et la boisson, ces médicaments les rendent dociles. Je ne suis pas très étonnée par ces revendications. Il me montre ensuite une carte des bunkers, casemates et blockhaus de France et me demande de la compléter. Il sait que je suis une historienne spécialisée dans la deuxième guerre mondiale. Je corrige certaines situations inexactes, je rajoute quelques édifices par ci par là, je précise quelques détails par rapport aux plans d’accès et je m’excuse en lui expliquant que j’étais spécialiste du mur de l’Atlantique mais que je ne connais que très vaguement le reste de la France. Je constate à quel point mes souvenirs sont clairs grâce aux m médicaments que l’on me donnait à Paris pour réactiver ma mémoire (de généticienne). Jean m’explique que tous ces bunkers sont liés entre eux par un système d’ordinateurs datant de la guerre froide et amélioré au XXIe siècle, d’après lui, il suffirait de trouver l’ordinateur central pour commander la destruction de tous les bunkers et l’humanité serait ainsi obligée de continuer sa survie à l’air libre. Ce serait la fin du régime rolesmerrien. Il me demande de ne rien révéler de tout cela et de sa double identité à personne et me précise de reprendre ma vie dans le bunker sans lui faire la moindre allusion car le bunker est sur écoute et toutes les conversations sont surveillées et enregistrées. Je referme ma combinaison et il me guide parmi la végétation jusqu’aux alentours du bunker où je me fais identifier en prétextant m’être perdu, je ne sais pas comment Jean a pu sortir et rentrer du bunker sans être vu.

Je reprends ma vie tranquille dans le bunker, dans l’indifférence générale, en repensant à tout cela. La carte que m’a présentée Jean m’a parue étrange à bien des égards, il y avait beaucoup d’erreurs, beaucoup de bunkers étaient indiqués légèrement éloignés de leur véritable lieu, je me demande si cette carte n’était pas qu’un test pour savoir si je suis vraiment celle que je prétends être. Préférant rester très méfiante j’ai donné le moins de renseignements possibles à Jean, notamment lorsqu’il me posait des questions sur le pourquoi de ma présence ici, les gens que j’avais rencontré, ce qu’ils m’avaient di, si on m’avait déjà parlé de la Résistance… Je ne lui ai donc pas révélé qu’en plus de mon mémoire sur le mur de l’Atlantique (mémoire publié, officiel) j’avais également rédigé un mémoire sur le bunker de Vichy, celui qui protégeait le gouvernement Pétain pendant la deuxième guerre mondiale et qui fût réutilisé pendant la guerre froide comme abri antiatomique car ce mémoire là n’avait pas encore été publié en 2012 quand je suis morte. Le lendemain on me demande d’aller aider à la réception d’un nouveau convoi venant de Paris. Alors que je m’active à transporter coffres de nourritures et de munitions, je tombe nez à nez avec Philippe.

Philippe m’entraîne dans une pièce dont il ferme la porte à clef, il me prend dans ses bras, m’embrasse intensément. Il me plaque contre le mur et ses mains commencent à parcourir mon corps, je ne trouve pas cela désagréable mais pourtant je le repousse, sans même savoir pourquoi et je lui dis qu’il n’est pas venu pour cela. Il n’essaie pas de me mentir et commence son récit. Il dit appartenir à la Résistance et me parle aussi du réseau de bunkers, il dit que Rolesmierre a réussi à infiltrer son réseau et que je dois me méfier des prétendus résistants qui essaieraient de prendre contact avec moi. Je lui dis que j’ai été contactée de façon anonyme et que j’attends un nouveau message pour rencontrer quelque un. Il semble se satisfaire de ma réponse et me prend à nouveau dans ses bras, cette fois-ci je le laisse faire. Lorsque nous quittons la pièce, Philippe est appelé par un des assistants de Jean, je le regarde s’éloigner en me faisant un signe. Un intense va et vient occupe toujours le hall d’accueil, le convoi venant de Paris est sur le point de repartir tandis qu’un autre convoi arrive de Marseille. Mue par une envie soudaine et incontrôlable, je profite du désordre pour enfiler une combinaison, en passant par le magasin d’équipement et je sors du bunker, puis je le contourne et m’enfonce dans la végétation pour que l’on ne me voit plus, je retire alors mon casque puis toute ma combinaison et me dirige à l’orée de la jungle, sans jamais perdre le bunker des yeux, jusqu’à me retrouver dans son angle sud-est. Je fouille un peu la végétation mais je finis par trouver l’entrée du véritable bunker. C’est un escalier de béton qui s’enfonce dans le sol qui me permet d’y accéder, un long souterrain mène au véritable abri, celui qui date de la deuxième guerre mondiale, utilisé pendant la guerre froide puis à l’époque du Big bang.

M’échapper du bunker n’a pas été un geste si irréfléchie, il m’est simplement apparu que je ne pouvais pas continuer à me laisser porter par les événements comme cela sans jamais prendre une initiative et je ne voulais pas avoir à choisir entre Jean et Philippe. J’ai préféré prendre le risque de mourir pour mettre fin à cette vie sans but et sans choix. Il m’a semblé que l’un des deux seulement était un véritable résistant et je n’avais aucun élément pour savoir lequel des deux et puis je me suis souvenue que Rolesmierre était natif de Vichy et tout s’est éclairé. Nous étions à Vichy dans un bunker construit à l’identique du bunker d’origine comme la plupart des leurres que j’avais vu sur la carte pour abuser la résistance. Je pense que le bunker qui commande tous les autres est celui de Vichy, le père de Rolesmierre en était le gardien. Son accès extérieur n’est pas gardé pour ne pas attirer l’attention des résistants. S’il n’a pas été détruit c’est que sa destruction commanderait immédiatement la destruction de tout le réseau de bunker, c’est ainsi que ce réseau avait été conçu par son inventeur, Albert Edison, un des cerveaux de la guerre froide. Le réseau de bunker était prévu pour s’auto-détruire au cas où la France serait anéantie par l’arme nucléaire. Dans la salle principale je découvre l’ordinateur qui date de la guerre froide, c’est un ordinateur géant qui occupe une pièce entière. Il se trouve que j’ai déjà travaillé sur de tels ordinateurs, je l’allume donc sans problème mais bien sûr il me demande un code d’entrée, je sens que je peux le trouver, il faut seulement que je rassemble toutes les connaissances que je possède sur Rolesmierre acquises à Paris. Ma mémoire qui a été rendue surpuissante me permet enfin de trouver le bon code : « 2045 ». Les données de l’ordinateur me confirment que c’est Rolesmierre qui a créé le Big bang qui l’a porté au pouvoir, mais je ne m’attarde pas dans les nombreux fichiers, car je sens que le temps m’est compté et que je dois faire vite, c’est celui du réseau que je cherche, le voilà, je prends une grande respiration et je lance le programme d’auto-destruction. Les battements de mon cœur s’accélèrent, il ne reste plus que sept minutes avant que le monde ne retrouve la liberté. Je pense à tous ces êtres humains que j’ai croisé depuis mon réveil, que vont-ils devenir? Ais-je envie de le savoir? Ais-je envie de voir comment ce monde va survivre? Ais-je envie d’assister à la chute de Rolesmierre? Ais-je envie d’assister au face à face entre les populations et les sauvageons? Ais-je envie de transmettre mon savoir et de permettre à l’humanité de renouer avec ses racines? Ais-je envie de savoir qui de Jean ou de Philippe m’a menti? Ais-je envie de prendre le risque d’aimer, de souffrir et de mourir lentement? Je crois qu’à toutes ces questions la réponse est oui. Je sens la peur de mourir m’envahir et je m’enfui en courant vers mon avenir. Je ne suis plus une morte vivante, je ne suis plus un robot, je suis à nouveau un être humain en vie!

 

                                                                                              FIN (?)

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