Mon blog principal est sur Hautetfort : http://c-estenecrivantqu-ondevient.hautetfort.com
Episode 2
Esperanza Martin lit son courrier de façon machinale. Cela fait bien longtemps qu'elle n'attend plus rien de la vie et qu'elle sait que sa boîte aux lettres ne contient que des factures et des publicités. Esperanza Martin n'a plus de famille et elle n'a pas d'amis. Ses amis de jeunesse ont réussi leurs études, ils ont un job qui paît bien, ils possèdent une maison, deux voitures, ils ont un conjoint, deux enfants et un chien. Ils n'ont plus rien à se dire, ils n'appartiennent même plus au même monde. Ce soir, cependant elle trouve dans la boîte une lettre peu ordinaire qui émane de la poste. Cette lettre en contient une autre avec les excuses de la poste pour ne pas avoir pu l'acheminer il y a 20 ans. Cette lettre du passé est une lettre du servive des concours des douanes, elle est datée du 6 juillet 1988. Esperanza Martin avait passé ce concours en mai 1988. Elle lit la lettre :
" Mademoiselle,
Nous avons le plaisir de vous annoncer que, contrairement au premier avis qui vous a été envoyé il y a 15 jours, vous avez été admise à l'école des douanes.
Veuillez donc vous présenter le plus tôt possible à la maison des douanes d'Angers pour valider votre inscription avec cette présente lettre qui vous sera demandée.
Veuillez nous excuser pour cette erreur intervenue dans le calcul des points et agréer l'assurance de notre considération.
Edmond Destino
Président du jury"
Esperanza Martin sent ses jambes trembler et elle s'effondre, plus qu'elle ne s'assoit, dans le grand fauteuil en velours rouge qui lui tend les bras. Elle est prise de vertige et se rememore cette période dramatique de sa vie où elle vit tous ses espoirs anéantis. Elève studieuse mais timide et stressée elle avait échoué deux fois de suite aux épreuves du baccalauréat
malgré des résultats corrects tout au long de l'année. Passer un examen lui faisait perdre ses moyens. Son échec avait étonné ses enseignants et profondément déçu ses parents qui pensaient la voir devenir bibliothécaire ou enseignante, des métiers prestigieux pour eux qui étaient d'origine populaire. Le père était ouvrier aux usines Chausson de Boulogne Billancourt et la mère était femme de ménage. Aussi ce concours était pour elle un radeau, son ultime espoir dont l'échec avait été la clef du reste de sa vie, une nuit noire et obscure aux échos sans fond.