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Je rapelle que cette nouvelle raconte la journée d'un professeur en France, en région parisienne, en 2039.
Pour lire ou relire le premier épisode, le deuxième, le troisième...
A la récréation, je retrouve mon amie Maryse dans la salle des professeurs devant la machine à café.
"Ce n'est pas une vie!" s'exclame-t-elle.
"C'est pourtant la nôtre" lui réponds-je, en lui tendant la tasse de café ou plutôt ce qui devrait être un café si, depuis plusieurs jours, la machine ne nous servait pas que de l'eau chaude sucrée. La semaine dernière il y avait du café mais pas de sucre et celle d'avant du café et du sucre mais pas de gobelet. Maryse ne va pas bien en ce moment, elle m'a confié que, certains jours, l'idée de la récréation était la seule motivation qu'elle trouvait à venir ici. La récréation permet d'interrompre un peu la routine, les cris des élèves et des pions, les insultes et l'agitation.
Mais le problème de la salle des profs c'est cette grande fenêtre qui donne sur la cour de récréation. On n'échappe pas totalement aux bruits engendrés par les jeux des élèves et puis surtout on les voit, ces ados aux rires niais et aux baskets géantes, à la peau grasse et à la voix dissonante, ces rois du monde surconnectés à qui les médias font espérer l'argent facile et la gmoire instantannée, ces jeunes des cités que le gouvernement prive suffisamment de culture et d'ouvertures possibles pour qu'ils n'aient pas l'idée de se révolter, ces futurs étudiants à qui l'éducation nationale promet monts et merveilles en se moquant des désillusions qui les attendent dans le monde du travail comme dans le monde tout court.
Maryse n'a pas le moral car elle est assignée au tribunal la semaine prochaine pour avoir dit à une élève qui refusait de lire un texte qu'elle était une feignante. Elle est assignée pour insulte grave et pour harcèlement moral car les parents disent qu'elle s'en prend toujours à leur fille. Maryse s' indigne encore de ce genre de choses, moi, tout cela me paraît normal. Je m'y suis habitué. On se fait à tout. Cette année j'ai eu également de la chance dans ce domaine car il n'y a eu aucune plainte déposée contre moi. L'année dernière je m'étais retrouvée au tribunal pour avoir demandé à un élève dyslexique de mieux écrire. Une amende de deux cents euros avait été prélevée sur mon salaire.